La Suisse sur le chemin de la durabilité

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen

Les Verts n’auront pas (encore) de siège au Conseil fédéral. C’est le résultat des élections de ce mercredi. Avec 82 voix, la candidate écologiste n’est pas parvenue à passer l’épaule.

Ce n’est pas un échec de la cause environnementale, mais une question de temporalité politique qui est la raison principale de cette non-élection. Que les Verts se rassurent, et nous, citoyens concernés par le développement durable aussi: la Suisse investit toujours plus dans la protection de l’environnement. Cela ressort d’une étude de l’Office fédéral de la statistique. Entre 2000 et 2018, les dépenses en faveur de l’environnement sont passées de 2,4% du produit intérieur brut à 3,1%. La gestion des déchets et des eaux usées concentrent la majorité de ces dépenses avec, respectivement, 5,2 milliards de francs et un peu plus de 3 milliards en 2018. Quant à la biodiversité et les paysages, les dépenses ont doublé pour atteindre 695 millions de francs. Ces efforts se sont traduits par une hausse de l’emploi dans ces domaines, avec 150'000 postes créés entre 2000 et 2018. La majeure partie d’entre eux revient aux secteurs de la gestion des ressources énergétiques et des économies d’énergie.

En parallèle de ces actions, un nouvel indice boursier a été lancé par la Fondation Ethos, qui groupe plus de deux cents caisses de pension et institutions, dont la CIEPP, et dont le but est de promouvoir l’investissement socialement responsable et de favoriser un environnement socio-économique stable et prospère. Créé à la demande de plusieurs investisseurs, l’objectif de cet indice est de distinguer les entreprises qui respectent les bonnes pratiques en matière de gouvernance et de responsabilité environnementale. L’outil se concentre sur les vingt plus grandes entreprises suisses cotées en bourse pour permettre aux investisseurs de cibler les entreprises les plus responsables et durables. Une sous-pondération est appliquée aux entreprises peu investies dans la protection du climat ou sujettes à polémique dans ce domaine ou sur le terrain social.

Selon Soeren Hermansen, professeur et directeur de Samso Energy Academy au Danemark, interviewé en début de semaine par L’Agefi, la Suisse possède deux éléments clés pour atteindre la neutralité carbone: la démocratie directe et les infrastructures, dont notamment les barrages hydrauliques. «La Suisse, avec ses montagnes et ses rivières, peut combiner toutes ces énergies renouvelables et se servir de ses barrages hydrauliques comme de batteries. Car celui qui possède les batteries et donc le stockage, gardera le pouvoir», explique-t-il. A son sens, toute démarche sérieuse dans le domaine environnemental passe par la conviction et le soutien de la population.

Grâce à ces diverses incitations et à des conditions cadre favorables, les entreprises suisses prennent le chemin de la durabilité. Elles doivent pouvoir le faire en travaillant avec les autorités et non en combattant des chicaneries administratives, particulièrement délétères dans le domaine environnemental. Les Verts devront s’en souvenir lors de la législature qui vient de s’ouvrir. Le premier test sera celui de l’initiative sur les logements abordables, sur laquelle le peuple est appelé à se prononcer en février, dont l’application aurait des conséquences néfastes sur l’adaptation du bâti existant aux nouvelles normes énergétiques. Ce sont des effets de bord à ne pas négliger.