Quelle politique du logement à Genève?

 | Paru dans Blog FER Genève  | Auteur : Stéphanie Ruegsegger

En 2006, le canton passait un accord historique en matière de logement. Tous les acteurs concernés s’étaient mis d’accord sur des objectifs. Ce dialogue constructif a abouti à une disposition de la loi générale sur les zones de développement, fixant pour les 10 prochaines années les objectifs en termes d’offres de logements sur le canton. Le bilan est positif puisque la mise en place de cette politique a permis de construire un nombre de logements jamais atteint ces vingt dernières années à Genève.

Or, cette période décennale arrive à échéance cette année et la question se pose dès lors de la politique à mener à l’avenir en la matière. Différentes options sont déjà discutées. L’une, défendue par une initiative de l’ASLOCA (et actuellement combattue par recours), entend rompre drastiquement avec cette politique, en mettant prioritairement l’accent sur le logement social et d’utilité publique. Une autre, souhaitée par des députés de l’Entente et de l’UDC, propose de pérenniser la politique en place. Le Conseil d’Etat vient pour sa part de donner sa propre vision. Sans la présenter comme un contre-projet à l’initiative du lobby locataire, elle s’en inspire et s’éloigne de la politique actuelle, en augmentant sensiblement la proportion de logements d’utilité publique.

Certes, il convient d’imaginer une suite à la politique en place actuellement et il est normal que le gouvernement donne sa vision en la matière. On peut néanmoins regretter la méthode, sur la forme comme sur le fond. Sur la forme, il aurait été judicieux d’attendre le jugement sur le recours contre l’initiative avant de présenter un projet qui s’en approche. Il aurait également été plus constructif de fonder cette vision sur le dialogue et qu’elle soit partagée en amont avec les principaux acteurs de l’accord de 2006. Sur le fond, la stratégie du canton doit viser à satisfaire les besoins de Genevois et à répondre à leurs aspirations en matière de logements. Or, en mettant fortement l’accent sur le logement social, le projet ne s’adresse pas vraiment à la classe moyenne, qui a aussi besoin de logements libres et aspire à devenir propriétaire. Et surtout, elle met à mal la politique de ces 10 dernières années, qui a permis d’atténuer la pénurie en mettant sur le marché un plus grand nombre de logements.

Le temps est maintenant aux débats parlementaires. Formons le vœu que le dialogue puisse se renouer à cette occasion, et que le pragmatisme actuel l’emporte sur les visions dogmatiques. C’est la qualité de vie des Genevois qui est en jeu.

 



Poster un Commentaire