Travail au noir, sous-traitance, etc. Ce qu'en dit la FMB

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Formation professionnelle, concurrence déloyale, différends entre partenaires sociaux: les défis ne manquent pas dans le bâtiment. Pierre-Alain L’Hôte, devenu président de la Fédération genevoise des métiers du bâtiment (FMB) le 27 juin, est en première ligne. Entretien avec celui qui dit vouloir défendre les métiers du bâtiment dans la continuité de ses prédécesseurs.

Les syndicats reprochent aux entreprises du bâtiment de trop faire recours au travail temporaire, qu’ils voient comme un vecteur de précarité. Que leur répondez-vous?

Que nos entreprises n’engagent des temporaires que ponctuellement, pour faire face aux difficultés de planification et à toute sorte d’aléas. On nous demande par exemple de faire beaucoup de travaux d’entretien pendant les périodes de vacances, alors que nos conventions collectives de travail (CCT) prévoient justement d’accorder des congés à notre personnel fixe à cette période. Il vaut évidemment mieux avoir recours à du personnel temporaire que d’engager des travailleurs qu’il faudra licencier dès la première baisse d’activité. Nous sommes cependant ouverts à réfléchir avec les syndicats à des dispositions visant à limiter non pas le travail temporaire en tant que tel, mais les abus qu’il peut engendrer. Une entreprise qui s’organiserait de manière à employer durablement une majorité de travailleurs temporaires ne correspondrait pas à la vision de nos associations professionnelles, qui est d’avoir des entreprises qui participent à la formation, jouissent de bonnes références, remplissent des objectifs de qualité, offrent des garanties, assurent un service après-vente digne de ce nom, etc.

Où en sont les discussions?

Nous avions obtenu, d’entente avec les syndicats et les autorités, que soit introduite dans la loi genevoise une clause limitant le recours au travail temporaire sur les chantiers publics, mais elle a été cassée par une décision de Justice, à la suite d’un recours des associations de défense des entreprises de placement de personnel temporaire. Nous sommes donc de nouveau en discussion pour trouver une solution plus large qui ne se limiterait pas aux seuls marchés publics. Mais l’accent mis par les syndicats sur ce mode de travail nous surprend, car il est régi par une CCT qu’ils ont eux-mêmes négociée et parce que nous pensons que la sous-traitance mal contrôlée engendre beaucoup plus de risques d’abus. Les contrôles paritaires de chantiers n’ont jamais permis de déceler une entreprise de travail temporaire ne respectant pas ses obligations, contrairement à la sous-traitance et ses dérives en matière de travail au noir et de concurrence déloyale

Quels sont ces problèmes liés à la sous-traitance?

Dans certains métiers, la concurrence est très vive et les prix anormalement bas, ce qui incite des entreprises à emporter des marchés qu’elles ne peuvent pas réaliser avec leurs propres effectifs, dans le but d’en sous-traiter une partie à moindre coût, sans se soucier des conditions dans lesquelles le travail est effectué. Et il arrive ce qui est malheureusement prévisible: les sous-traitants ne paient pas leurs charges sociales, ne respectent pas les salaires minimaux, font faillite à  répétition... C’est une concurrence déloyale qui affecte aussi bien leurs travailleurs lésés que les entreprises citoyennes qui respectent les règles.

Comment lutter contre ces abus?

En continuant à conclure des CCT de force obligatoire et en se dotant de moyens de contrôle permettant d’empêcher que l’on déroge à leurs règles. Parmi les actions les plus visibles, nous avons mis sur pied depuis plus de vingt ans un système de badges paritaires d’accès aux chantiers, distribués aux collaborateurs qui sont en règle. Depuis 2012, ces badges sont numérisés. Ils portent désormais un QR Code que les inspecteurs peuvent scanner, afin de vérifier auprès de la caisse de compensation concernée que le paiement des charges sociales et du salaire est conforme aux obligations conventionnelles. Nous travaillons également avec les maîtres d’ouvrages pour qu’ils établissent des enceintes de chantier avec contrôle d’accès systématique autorisant les seuls détenteurs de badges paritaires valables.

Les métiers du bâtiment se complexifient. Cela entrave-t-il le recrutement?

Au contraire, cela a permis de revaloriser nos métiers. La technologie et les moyens techniques soulagent les travailleurs des tâches pénibles et répétitives et leur permettent de se consacrer à des tâches plus intéressantes et plus valorisantes. L’effort a porté également sur la rémunération et les conditions sociales, comme la retraite anticipée. A titre d’exemple, à Genève, un maçon avec CFC gagne plus de six mille trois cents francs par mois, entre le salaire et les indemnités. Beaucoup de diplômés de l’enseignement supérieur ne peuvent pas en dire autant. Nous effectuons également un gros travail de formation continue, que ce soit pour mettre nos collaborateurs à niveau ou pour permettre à ceux qui ont commencé à travailler sans formation préalable d’effectuer une procédure de validation des acquis.


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