De la capacité à mener des réformes

 | Paru dans Blog politique de la FER Genève  | Auteur : Stéphanie Ruegsegger

Dans le monde actuel, l’important n’est plus d’être le plus gros, mais le plus rapide. Cela est d’autant plus vrai dans un contexte où la technologie accélère les mutations. Un adage qui pourrait a priori rassurer la Suisse, mini pays à l’échelle du monde, et même de l’Europe, mais qui a toujours su s’adapter aux changements. Mais est-ce toujours vrai ?

Certes, notre économie a démontré ces derniers mois une capacité de résilience remarquable (son adaptation à la suppression du taux plancher monétaire en est la preuve). Elle reste néanmoins tributaire de son environnement, et parmi les conditions cadre qui façonnent son terrain de jeu, les décisions politiques ont une place cruciale. Or, les récentes réformes menées au niveau fédéral laissent planer un doute angoissant sur la capacité de notre pays à conduire les changements indispensables à son fonctionnement. Il y a tout d’abord eu la réforme de l’imposition des entreprises 3, unanimement reconnue comme fondamentale mais que la division des fronts a fini par saborder. Il y a aujourd’hui la consolidation de notre système de prévoyance vieillesse (PV 2020), l’un des piliers de notre société, menacé lui aussi par un éclatement des blocs. Dans les deux cas, on constate que des positions minoritaires et contradictoires s’assemblent pour faire échouer un projet. 

S’il est sain dans une démocratie que les voix minoritaires puissent se faire entendre (et comprendre), il est tout aussi essentiel que notre pays conserve sa capacité à rassembler autour de projets fondamentaux pour son avenir. Les élites, notamment politiques et économiques, doivent participer à ce rassemblement. Or, les récents débats sur les projets de réforme, à l’arrière-goût revanchard, sèment le doute. Un détestable sentiment se fait jour, celui que les gagnants des élections fédérales ont payé leur victoire au prix d’une RIE 3 sans doute un peu trop chargée. Et qu’aujourd’hui, leur rancœur explique en partie la virulence de la campagne contre PV 2020. Car, il faut le rappeler,  tout leur plait ou presque dans le compromis voté par les Chambres : la nécessité et l’urgence d’une réforme (la première en 20 ans !) et l’ensemble des mesures proposées … à l’exception du supplément de 70.- sur les rentes. Or, si ce supplément ne nous fait pas particulièrement plaisir, il reste modéré et s’explique comme une mesure compensatoire essentielle, sans laquelle on voit mal comment une réforme aurait des chances d’être acceptée par le peuple.  

Les jeux sont loin d’être joués pour PV 2020. Ce qui semble en revanche garanti, c’est qu’une défaite de ce projet équilibré mettra en péril notre système de prévoyance vieillesse. Elle rendra également très improbable un indispensable consensus sur le nouveau projet de réforme fiscale des entreprises, PF 17. Or, la Suisse doit agir vite et  n’a plus de temps à perdre avec des considérations revanchardes, qui plombent la capacité de notre pays à s’adapter, et menacent de fait sa prospérité. 



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