Emprunter les chemins de traverse

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen

Dans la société prénumérique – avant l’émergence à large échelle du web et des réseaux sociaux –, les strates de la création de biens et services, réparties en trois couches, présentaient peu de producteurs, peu de distributeurs et beaucoup de consommateurs.

C’était, selon Thierry Crouzet, auteur et conférencier spécialisé dans le fonctionnement des réseaux, présent à un First de Rezonance mardi passé à la FER Genève, une société verticale, peu intelligente. Quand internet s’est démocratisé, est apparu l’espoir que les hommes pourraient travailler en commun, sans nécessairement être connectés physiquement. Dans cette vision optimiste, l’interaction facilitée par les réseaux sociaux permettrait l’émergence de l’intelligence collective. Rapidement, note Thierry Crouzet, l’utopie de voir tout le monde devenir producteur, distributeur et consommateur, dans le cadre d’une société fluide, s’est écroulée.

C’est un monde plat, avec très peu d’intermédiaires, qui a vu le jour. Les producteurs et les consommateurs se sont vus obligés de passer par l’entonnoir de distribution que sont les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Les réseaux de ce groupe d’acteurs se sont massivement compliqués, entraînant la création de l’intelligence artificielle pour prendre la mesure de cette complexité. Cette dernière, créée par ces mêmes acteurs, ne fait que renforcer leur force et leur omnipotence.

Cette analyse, relativement pessimiste, est-elle justifiée? Oui, si l’on considère que les hommes, fonctionnant par mimétisme, ne feront toujours que reproduire les actions des autres, ne parvenant donc pas à utiliser à bon escient les réseaux existants pour faire émerger l’intelligence collective. En agissant tous de la même façon, ils ne font que devenir de plus en plus esclaves des outils proposés par quelques distributeurs. Non, peut-on tout aussi bien répliquer. Les réseaux permettent le crowdfunding, l’échange en temps réel avec des personnes physiquement très éloignées; ils accélèrent et amplifient la visibilité d'artistes, de créateurs et autres inventeurs; ils offrent l’accès à une somme de connaissance inouïe en temps réel.

L’humain, malgré les facilités offertes par les GAFAM et leurs produits, garde son libre arbitre. C’est à lui d’emprunter des chemins de traverse, de réfléchir en dehors de courants majoritaires et de sortir du confort du mimétisme. Le web et les réseaux sociaux se sont développés à une vitesse vertigineuse. Il n’est pas impossible qu’ils se délitent tout aussi vite. Outre une prise de conscience individuelle et collective, l’un des risques majeurs auxquels les GAFAM sont confrontés est la crise énergétique. Ces systèmes sont voraces. L’approvisionnement constant en énergie et les impacts environnementaux qui en découle sont des défis qu’ils devront surmonter – pour ne pas disparaître.