Encourager la formation pour répondre aux besoins de l'économie

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen

Quinze pour cent des Suisses ont peur de perdre leur travail. C’est ce que révèle l’enquête suisse sur la santé réalisée par l’Office fédéral de la statistique. Par rapport à l’enquête de 2012, ce chiffre indique une augmentation de 23%. Les personnes interrogées craignent notamment que les évolutions technologiques et la digitalisation prennent leur place de travail. «Les avancées technologiques entraînent-elles une augmentation du chômage?», s’est interrogé economiesuisse. En vingt-cinq ans, le nombre de postes de travail en équivalent plein temps a augmenté, le taux de chômage s’est maintenu à un niveau bas et le nombre de personnes actives n’a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui. 

Pourquoi, dès lors, les craintes de la population face au chômage augmentent-elles au lieu de baisser? Différents facteurs entrent en ligne de compte. Tout d’abord, une mauvaise connaissance des chiffres. Le sondage European Social Survey a montré en 2016 que les Suisses pensaient que le taux de chômage était de 11,3%, alors qu’il était de 5,1%. Cette mauvaise perception peut découler de plusieurs facteurs, dont celle du traitement de l’information par les médias, qui font trois fois plus souvent état de réduction d’effectifs dans les entreprises que d’augmentation des postes. De plus, ces mauvaises nouvelles sont traitées plus longuement que les bonnes. Le choix éditorial des médias peut s’expliquer par le fait que les suppressions de postes de travail peuvent être nombreuses en une fois, sans parler des fermetures ou des déménagements d’entreprises. Ces événements frappent les esprits, alors que les recrutements sont rarement massifs, dilués entre les entreprises et les branches d’activité. Pourtant, en 2016, la balance des emplois était positive, avec 41'000 postes créés, tout comme en 2017, avec 59'000 postes en plus. 

Ces chiffres encourageants ne doivent cependant pas éluder une autre réalité. Alors que dans les années 1970 et 1980, le taux de chômage était le même pour tous les travailleurs, sans distinction de qualification, il évolue depuis en défaveur des personnes non ou peu qualifiées. L’évolution technologique en est probablement l’une des causes, tout comme la délocalisation des places de travail simples et répétitives. Une étude menée par le KOF et l’Université du Luxembourg en 2017 a cependant montré que la Suisse tire un bilan globalement positif des progrès technologiques. Les investissements dans la digitalisation sont couplés avec un changement des qualifications au sein des équipes, au profit du nombre de postes de travail. Ainsi, des investissements de cent mille francs dans la digitalisation ont résulté en une augmentation de 5,8 nouveaux postes pour des collaborateurs très qualifiés, pendant que les postes peu qualifiés ont diminué de 2,3. La balance reste donc positive en termes de postes de travail, mais le type de profil recherché par les entreprises – celles qui utilisent des technologies digitales basées sur des machines comme des robots, des imprimantes 3D ou l’internet des objets – évolue. Dans celles qui mettent en place des technologies non basées sur des machines, il n’y a pas d’évolution notable selon les qualifications. 

Cela ne doit pas occulter la tendance générale qui va vers davantage de qualifications requises. Mettre en place des mesures pour encourager sans cesse la formation initiale et continue, notamment professionnelle, est indispensable, non seulement pour les travailleurs, mais aussi pour les entreprises qui peinent à trouver du personnel qualifié. Car si les Suisses craignent pour leurs postes de travail, les entreprises craignent la pénurie de talents. La bonne nouvelle, c’est que ce ne sont pas les places qui manquent.