Entreprises: aider aussi ceux qui échouent

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : CORMON, Pierre

Au fil des années, une palette impressionnante de mesures a été mise en place pour venir en aide aux entreprises, comme le montre notre dossier dans le numéro du 13 octobre dernier. Elles sont cependant très inégalement réparties sur leur cycle de vie. Les mesures destinées à encourager la création sont particulièrement nombreuses, et encore davantage quand un projet est technologiquement innovant

Les entreprises désirant exporter peuvent également compter sur de nombreux organismes de soutien, de même que celles qui désirent innover. Lorsqu’une entreprise commence à rencontrer des difficultés, elle peut compter sur quelques appuis, encore qu’en moins grand nombre qu’en phase de démarrage. Des mesures ont été également mises en place pour faciliter la transmission d’entreprises, mais les aides financières, par exemple, soient beaucoup moins nombreuses que pour la création de start-up.

La politique de soutien conserve néanmoins un angle mort. C’est la gestion de l’échec. On sait qu’environ la moitié des entrepreneurs qui se lancent échoue et que de nombreuses entreprises établies disparaissent pour diverses raisons: décès inopiné du chef d’entreprise, perte d’un gros contrat, incapacité à s’adapter à l’évolution du marché et de la technologie, absence de repreneur, etc.

Lorsque la situation est trop grave pour être redressée, les portes se ferment et les organismes de soutien n’ont plus de mesures à proposer. Ceux qui se trouvent dans cette situation peuvent faire l’expérience d’une solitude abyssale. On a tellement répété qu’une des grandes forces des Etats-Unis est que l’échec y est valorisé comme une forme d’apprentissage extrêmement efficace que les choses commencent à changer ici aussi. Il y a cependant encore du chemin à faire.

Si l’on encourage la création d’entreprises, on devrait accepter qu’une partie substantielle d’entre elles disparaîtra à plus ou moins brève échéance et qu’on ne peut pas simplement s’en détourner. Comme ceux qui se lancent, ceux qui sont menacés de disparition devraient pouvoir bénéficier de conseils et de soutien. Il ne s’agit pas de récompenser l’échec, mais de défendre l’intérêt général: c’est de cette manière qu’on peut espérer limiter au maximum la destruction de valeur qu’occasionne toute disparition d’entreprise. C’est également ainsi que les entrepreneurs parviendront le plus facilement à surmonter le traumatisme de l’échec et à en tirer des leçons qui leur permettront, le cas échéant, d’entreprendre à nouveau avec davantage de succès.