Évolution économique, sommes-nous fichus?

 | Paru dans Newsletter FER Genève

C’est une idée à la mode chez les économistes: les pays industrialisés entreraient dans une longue période de croissance très ralentie. Cette quasi-stagnation aurait des conséquences dramatiques sur nos sociétés. Epuisement du progrès technique, investissement trop faible, tout convergerait vers la redoutée secular stagnation. Cela peut paraître surprenant au moment où l’on assiste à l’explosion numérique du monde économique, qui exige précisément des investissements.

«Je ne crois pas à cette idée de stagnation», confie Philippe Aghion, professeur au collège de France. «Nous ne tenons pas assez compte des améliorations qualitatives des biens et services que nous produisons actuellement. La croissance est de ce fait sous-estimée.»

Néanmoins, certains freins pèsent sur le développement. Il faut stimuler le savoir et sa diffusion via la formation de haut niveau. La persistance des gros volumes de dettes publiques et privées est également à considérer, car elles aboutissent à une croissance basse et à une activité forcément comprimée.

Le bas régime du moteur économique a des causes multiples, dont la quasi-absence d’inflation. Elle déclinait déjà bien avant la crise de 2008, sorte de phénomène planétaire. Simultanément, il n’y a plus de lien automatique entre la croissance des salaires et le niveau des prix. Or, les anticipations d’inflation sont orientées à la baisse.

A cela s’ajoute l’inadéquation des formations avec les besoins des entreprises et le vieillissement de la population. Faut-il laisser tomber la notion de croissance, puisqu’elle semble dans l’ornière? A l’aube de la révolution 4.0, il existe une part d’incertitude dans l’évolution, surtout si l’on considère que les politiques et les normes ont toujours un temps de retard sur l’évolution réelle du champ économique.