Finance: le bras armé de la durabilité

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Flavia Giovannelli

Plus de sept cent dix milliards de francs ont été investis dans des produits durables en Suisse, selon Swiss Sustainable Finance1. Cela représente une croissance de 83% en 2018. Un fond sur cinq, désormais, appartient à cette catégorie sur la place financière helvétique. A l’échelle de la planète, la tendance est la même, permettant d’affirmer qu’en plus de la volonté d’être éthique, ce marché a clairement le vent en poupe. Les gestionnaires d’actifs vont donc continuer à développer des stratégies qui reflètent les soucis de leur clientèle.

Cette semaine, le sommet Building Bridges, qui se tient à Genève, a pour mission d’officialiser ce coup d’accélérateur et de positionner la place comme capitale mondiale de la finance responsable. Le pari est tenable, puisque les instigateurs de cette série d’événements et de rencontres se fondent sur la présence des acteurs onusiens et sur celle des financiers pour défendre un écosystème unique. C’est ainsi qu’ils comptent prendre la main.

Bien évidemment, les deux mondes sont parfois très éloignés l’un de l’autre et les enjeux s’avèrent très techniques. Par exemple, tout le monde n’est pas encore d’accord sur les manières de déterminer si telle ou telle entreprise doit être considérée comme un bon ou un mauvais élève en matière de gestion durable, et si elle peut être recommandée. Actuellement, la plupart des investisseurs se fie à des outils comme l’ESG (Environnemental, Social et Gouvernance)2. Mais certains estiment que ces critères ne sont pas suffisants pour produire un impact réel.

Laissons aux spécialistes le soin de trancher ces questions, d’éviter le greenwashing et, si possible, de s’entendre. En revanche, il paraît certain que sans argent, le combat pour sauver cette planète qui brûle ne pourra pas aboutir. Cela aussi mérite d’être gardé à l’esprit. Les besoins sont là et il s’agit bien de commencer quelque part. Ces dernières années, l’opinion publique majoritaire a considéré les banquiers comme responsables de tous les maux. Et si, cette fois, Genève pouvait favoriser une tendance où les risques de mal faire sont finalement limités, pourquoi s’en priverait-on?

1Swiss Sustainable Finance est l’un des organisateurs du sommet Building Bridges avec La Fondation Genève Place Financière (FGPF) et la Sustainable Finance Geneva (SFG).

2 Principales considérations non financières que les investisseurs peuvent intégrer dans leur processus d’investissement: changement climatique, utilisation des ressources, gestion des déchets, pollution; conditions de travail, relations entre employés et direction, implication dans la communauté; niveaux de rémunération, diversité du conseil d’administration, structure organisationnelle, stratégie fiscale; etc.