L’Etat ne peut se passer d’une économie forte

 | Paru dans Blog FER Genève  | Auteur : Stéphanie Ruegsegger

Dans le journal SIT-info de ce mois, organe du syndicat éponyme, on apprend que les patrons rêvent du «grand soir patronal», qui consisterait à se mettre des milliards dans la poche, tout en asphyxiant l’Etat, mettant ainsi en péril les missions de ce dernier en faveur du bien commun. Toujours selon cet organe d’information connu pour sa mesure et son impartialité, les patrons et leurs alliés de la droite libérale n’hésiteraient pas à user du mensonge en agitant l’épouvantail des délocalisations et des pertes d’emplois en cas de refus de la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE 3). Preuve que la fiscalité n’a rien à voir dans les stratégies des entreprises selon l’article en question: le départ de Merck Serono, en dépit d’une fiscalité attractive. C’est faux. La fiscalité a joué un rôle majeur dans le départ de cette entreprise, qui n’est pas partie en Allemagne pour le simple plaisir d’un climat plus rigoureux. Cette décision a entraîné la plus grande perte d’emplois de l’histoire de Genève. Et les nombreuses PME genevoises qui travaillaient avec ce groupe ont subi une perte nette de leur chiffre d’affaires, du jour au lendemain.

En matière de fiscalité, il n’est jamais possible de savoir exactement ce qu’une modification d’un taux d’imposition aura comme conséquences. Mais il y a quelques certitudes. Un Etat ne peut avoir de grandes ambitions sans les ressources qui vont avec. Et celles-ci sont notamment assurées par une économie dynamique. Un refus de la RIE 3 vaudrait à notre canton de ne pas toucher les 112 millions de la rétrocession fédérale. La RIE 3 signifie aussi la fin des statuts fiscaux, ce qui est une bonne chose en termes d’équité. Mais sans elle, l’imposition des grandes entreprises qui en bénéficient aujourd’hui passerait d’environ 11% à plus de 24% au lieu des 13,49% prévus par la RIE 3. Personne ne peut être certain de ce qui se passera dans ce cas. Mais à l’heure où les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et même la France envisagent de baisser drastiquement l’imposition des entreprises, pour la placer à environ 15% pour ce qui concerne les deux premiers pays, j’ai ma petite idée sur la question…



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