La Suisse doit rester agile sur la scène internationale

 | Paru dans Newsletter FER Genève  | Auteur : Véronique Kämpfen

Un journaliste me disait l’autre jour avoir vu que les prévisions conjoncturelles sont mauvaises et me demandait mon avis sur la question. Les indices de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) montrent en effet une croissance inférieure à la tendance sur le long terme dans tous les grands secteurs qui composent son indicateur: commandes à l’exportation, fret aérien international, fabrication et vente d’automobiles, composants électroniques et matières premières agricoles. Une dégradation du commerce mondial s’est fait jour au quatrième trimestre 2018 et cette tendance baissière s’est poursuivie début 2019.

En Suisse, les chiffres sont meilleurs. Le Centre de recherches conjoncturelles de l’ETH à Zurich (KOF) prévoit pour 2019 une augmentation du PIB de 1,6%. Le taux de chômage, qui se trouve à un niveau historiquement bas, devrait continuer à reculer ou à se stabiliser. La bonne santé de l’économie suisse est principalement due à l’industrie, qui profite d'un léger affaiblissement du franc suisse positif pour les exportations et qui est peu touchée par la hausse des tarifs douaniers américains, à l'exception des équipementiers automobiles. Les secteurs pharmaceutique et de la construction se portent également bien.

A Genève, les tendances sont sensiblement les mêmes. Après un deuxième trimestre 2019 poussif, les indices du troisième trimestre sont positifs. Les exportations sont dynamiques, avec une croissance de 7,4% sur les cinq premiers mois de l’année grâce à la branche des instruments de précision et à l’horlogerie, qui, de même que les secteurs de l’industrie, de la finance, de la construction, du marché immobilier et des services, connaît une situation réjouissante. L’hôtellerie a vécu un mois de mars en recul par rapport à 2018, mais les perspectives sont jugées bonnes; en revanche, la restauration continue de souffrir. Le commerce de détail a connu un mois de mai plutôt positif et les commerçants anticipent une hausse de leur chiffre d’affaires, mais c’est un secteur qui reste fragile.

Alors, pourquoi l’inquiétude de mon interlocuteur? Elle provient sans doute des incertitudes qui pèsent au niveau international, dues principalement au conflit commercial sino-américain, au Brexit et à l’accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne. Heureusement, le Conseil fédéral tâche d’agir au mieux pour consolider les relations internationales de la Suisse. Par exemple, pas moins de sept accords ont été signés avec la Grande-Bretagne pour pallier toute mauvaise nouvelle liée à un Brexit dur à fin octobre.
La Suisse doit composer avec la santé économique et politique de ses partenaires et continuer d'agir habilement sur la scène internationale pour anticiper les problèmes. Son plus grand risque serait de se reposer sur ses acquis. Prendre les indices conjoncturels comme des aiguillons pour se remettre en question est non seulement intelligent, c’est indispensable