La Suisse et l’Union européenne: histoire d’un rapport de forces inversé

 | Paru dans Blog FER Genève  | Auteur : Stéphanie Ruegsegger

Les derniers épisodes de la relation Suisse-Union européenne (UE) laissent un goût amer à nos autorités. La Suisse est rangée dans la liste grise des paradis fiscaux par l’Union, qui lui avait pourtant assuré qu’elle n’en ferait rien. Puis cette même Union n’a accordé la reconnaissance boursière à notre pays que pour une année. Une décision difficilement justifiable (et difficilement justifiée) qui tranche avec le traitement nettement plus généreux accordé aux Etats-Unis, à l’Australie et à Hong-Kong. Des situations qui crispent jusqu’aux plus europhiles, alors que notre pays vient de s’engager en faveur du milliard de cohésion.

Ces événements nous montrent plusieurs choses. La Suisse, qui avait si bien négocié les accords bilatéraux à la fin des années 90, n’a plus toutes les cartes en main. L’UE, alors concentrée à absorber un élargissement historique, a aujourd’hui plus de temps à consacrer à ses relations avec les non membres. Le Brexit lui a également donné l’occasion de bander ses muscles, en donnant un signal clair sur le prix à payer pour ceux qui souhaiteraient rester hors du club. Ces événements montrent aussi que la Suisse, située au cœur de l’Europe et vivant principalement de ses échanges avec l’étranger et plus particulièrement avec l’Union, ne fait pas le poids face au géant européen. Pour preuve, le traitement inégal qui lui est réservé par rapport aux autres places boursières. Enfin, la politisation, ces dernières années, des négociations entre les partenaires a assurément fragilisé la position de notre pays, limitant la marge de manœuvre de nos diplomates. En effet, à la lumière de l'excellente analyse de l’ambassadeur européen Michael Matthiessen parue dans le Temps lundi, la Suisse n'est pas toujours bonne juge de son attitude qui peut être comprise comme visant à faire exploser l'UE.

Notre pays n’est certes pas en position de force sur le dossier européen, tout n’est pas perdu pour autant. S’il veut encore marquer des points et maintenir une relation durable et constructive avec son principal partenaire économique sans pour autant adhérer (ce qui semble être une option de moins en moins soutenue dans notre pays), il doit tout d’abord faire preuve de réalisme politique. Et prendre conscience du rapport de forces déséquilibré. La Suisse a besoin de l’Europe bien plus que l’Europe n’a besoin de la Suisse. Les gesticulations de certains affirmant que les accords ont été mal négociés et que notre pays pourrait obtenir davantage sont des mensonges qui ne servent qu’à servir leurs intérêts électoralistes. Surtout, notre pays doit, dans la mesure du possible, conserver l’initiative sur les dossiers sensibles. La réforme de la fiscalité des entreprises en est le meilleur exemple: la Suisse a l’occasion de voter une révision adaptée à sa réalité économique et à ses intérêts. Or, plus elle attend, plus elle risque les pressions extérieures (pas seulement de l’UE d’ailleurs) et au final de se faire imposer une solution qui ne lui correspond pas. Dans ce dossier aussi, elle doit faire preuve de réalisme. Et aller rapidement de l’avant, en balayant la démagogie et les règlements de compte internes qui ne servent pas les intérêts de notre pays.



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