Le Léman Express? Une autoroute à deux doubles voies entre Coppet et Annemasse

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon
visuel visuel

La mise en place du réseau ferroviaire Léman Express devrait représenter un bond quantitatif et qualitatif dans l’offre de transports en commun, estime le conseiller d’Etat genevois Serge Dal Busco. Il pourrait permettre de décongestionner la ville et de faciliter le trafic professionnel.

Genève est la ville la plus embouteillée de Suisse, selon le fabricant de GPS TomTom, et les conditions de circulation y pèsent sur les entreprises. Que fait l’Etat pour y remédier? Entretien avec le conseiller d’Etat Serge Dal Busco, en charge du Département des infrastructures.

Lors d’un récent débat, les présidents du salon Utilexpo et du Touring Club Suisse Genève ont qualifié les conditions de circulation à Genève de «catastrophiques». Partagez-vous cette appréciation?

Je dirais plutôt qu’elles sont problématiques. J’ai été entrepreneur et je sais que lorsqu’on est coincé dans les bouchons, on perd du temps, et donc de l’argent et des marges, au détriment de l’économie et de la société. Mon objectif est que les déplacements deviennent plus fluides, ce qui améliorera les conditions cadre de l’économie et la qualité de vie de la population. Nous avons pour cela défini une stratégie reposant sur quatre piliers .

Le premier pilier est la mise en service de la totalité du réseau ferroviaire transfrontalier Léman Express, qui intégrera le CEVA. Or, quand on augmente les capacités de transport en commun sans diminuer les capacités du trafic routier, il y a plus de gens dans les transports en commun, mais pas moins sur les routes. Comment l’éviter?

Le grand enjeu du Léman Express, c’est que dès sa mise en service, un maximum de personnes l’utilisent de préférence à leur voiture. Cette offre représente une amélioration très nette, tant du point de vue quantitatif que qualitatif. Sa capacité entre Coppet et Annemasse représentera l’équivalent d’une autoroute à deux doubles voies. Il faut faire en sorte de modifier durablement les habitudes de mobilité dans le canton, et que ce changement soit durable. Il faut donc des mesures d’accompagnement pour en accentuer l’effet.

Par exemple?

Le stationnement est une question essentielle. Avec le nouveau réseau ferré et le renforcement des transports publics, il y aura enfin des solutions efficaces de remplacement à la voiture. Pour encourager le transfert, il faut notamment diminuer l’offre de places de parc gratuites sur le lieu de travail, qui sont une véritable invitation à se déplacer en voiture, en particulier pour les pendulaires. Nous allons encourager les entreprises qui ne l’ont pas encore fait à mettre en œuvre des plans de mobilité, et nous pourrons les accompagner dans cette démarche. On peut ainsi supprimer des places de parc ou les rendre payantes et utiliser ces moyens pour promouvoir des solutions de rechange, comme l’offre d’abonnements de transports publics ou la mise à disposition de vélos électriques. Beaucoup de grandes entreprises sont très actives dans ce domaine. Elles sont conscientes des enjeux environnementaux, elles sont soucieuses de la qualité de vie à Genève et elles savent aussi que moins il y aura de trafic privé sur les routes, plus il y aura de place pour le trafic professionnel, pour lequel il est urgent d'améliorer les conditions cadre.

Cela se fera-t-il sur une base contraignante ou volontaire?

Je crois fermement à la capacité de l'économie à trouver des bonnes solutions, dès lors que celles-ci sont réellement utiles. Les entreprises qui s’installent dans un nouveau siège, par exemple, doivent s’interroger sur la nécessité d’y prévoir des places de parc. Il faut être conséquent: on ne peut pas d’un côté se plaindre des conditions de circulation et, de l’autre, ne pas participer à la résolution du problème. Si l’on favorise la venue des collaborateurs en voiture, il faut se demander si l’on n’a pas sa part de responsabilité dans les embouteillages que l’on subit. J’observe à cet égard une véritable prise de conscience dans le monde économique depuis quelques années, et je la salue.

Que dites-vous au travailleur de la zone industrielle de Bois-de-Bay, très mal desservie en transports publics?

Il est clair que les mesures contraignantes ne peuvent être prises que s’il existe une solution de rechange efficace. L’offre de transports en commun va être sensiblement améliorée dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates (ZIPLO) et dans celle de Meyrin-Satigny (ZIMEYSA), mais l’objectif n’est pas de bannir le trafic privé. Si l’on incite les gens qui peuvent le faire à prendre les transports en commun, ceux qui n’ont pas d’autres moyens de se déplacer jouiront de meilleures conditions de circulation.

Les infrastructures actuelles suffisent-elles pour cela?

Elles doivent être améliorées; c’est le troisième axe de notre stratégie. Au cours de cette législature, nous allons achever une série de très grosses infrastructures destinées aussi bien aux transports en commun qu’au trafic routier: les trams d’Annemasse, de Bernex, de la ZIPLO, un bus en site propre à Vernier, la nouvelle jonction autoroutière du Grand-Saconnex, la route des Nations, les liaisons Genève-sud, notamment. Nous y consacrerons trois cents millions de francs d’investissements annuels pendant cinq ans, soit un milliard et demi sur cette période.

Vous n’avez pas cité la traversée du lac?

Il s’agit d’un ouvrage autoroutier, qui est du ressort de la Confédération. Selon elle, il ne pourra pas voir le jour avant 2040 au plus tôt. Un crédit sera prochainement voté au Grand Conseil pour financer des études, indispensables pour pouvoir inscrire cette traversée dans la planification fédérale. Il faudra notamment clarifier la question du péage, qui, aujourd’hui, n’est pas constitutionnel.

Autre question qui fâche: le Grand Conseil a voté l’instauration d’un mécanisme qui permettrait d’interdire la circulation des véhicules les moins écologiques en cas de pic de pollution. Or, les entreprises ne peuvent pas s’arrêter de travailler quand l’air n’est pas propre. Elles seront donc obligées de renouveler leur parc de véhicules et elles n’en ont pas forcément les moyens.

Cette mesure ne concerne que les jours où les seuils les plus élevés sont atteints, ce qui est très rare. L’avantage du système est qu’il est applicable à tous les véhicules, y compris à ceux qui sont immatriculés hors du canton. S’agissant des soucis exprimés par les milieux économiques, nous verrons dans quelle mesure le règlement d’application pourra en tenir compte.

Vous-même venez travailler en voiture; allez-vous changer vos habitudes avec la mise en œuvre du Léman Express?

Je les ai déjà passablement adaptées. Pendant la journée, je me déplace en transports publics, à pied, et plus rarement en taxi. J’ai une obligation à l’extérieur après cette interview et je vais prendre le tram.


Actualités

La relativité du temps dans la manière de construire

La relativité du temps dans la manière de construire

8 août 2019 - Paru dans Entreprise romande Le Magazine

Conscient de son retard en matière d’offre immobilière, Genève s’est, semble-t-il, réveillé et a battu un record avec plus de deux mille cinq cents logements neufs en 2018.

Lire plus
Genève fait face à de gros enjeux de mobilité

Genève fait face à de gros enjeux de mobilité

15 juin 2017 - Paru dans Entreprise Romande

Genève a pris du retard concernant ses infrastructures de transport. Or, le trafic ne risque pas de diminuer, puisque la population va augmenter.

Lire plus

L'entreprise et les salariés, vache à lait de l'Etat?

10 février 2017 - Paru dans Newsletter FER Genève

Le référendum contre l’augmentation des tarifs TPG a abouti. On votera une nouvelle fois en mai prochain sur le prix du billet, après avoir accepté sa diminution en mai 2014.

Lire plus