Les médias sociaux menacent-ils la démocratie?

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen
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Dérangeante question que posait The Economist dans une de ses récentes éditions. Alors que les débuts des réseaux sociaux ont suscité l’espoir de voir émerger la parole citoyenne sur la place publique virtuelle, il a été rapidement évident que ce sain débat n’aurait pas lieu à une large échelle. Xénophobie, misogynie et autres discours extrêmistes, les réseaux sociaux ne volent pas toujours haut. Dans une grande majorité des cas ils sont sympathiques et inoffensifs, mais peuvent aussi se révéler porteurs de violence et d’appels à la haine.

A ces dérives s’ajoute la capacité de certains acteurs d’infiltrer les réseaux sociaux et d’y répandre des mensonges. La campagne électorale américaine a été instrumentalisée par ce biais, avec les effets que l’on connaît. Les algorithmes de Facebook et de Google faisant remonter en haut des flux les contenus les plus populaires, le monde entier ne fait que consommer les mêmes informations, sans le recul nécessaire créé par la confrontation de plusieurs idées. Nos préjugés se trouvent ainsi renforcés en permanence.

L’initiative No Billag, qui vise à supprimer la redevance radio-TV et menace donc l’existence de la SSR, ne sert pas non plus le débat démocratique. On peut se plaindre de l’orientation politique des journalistes, qui sont 75% à afficher une sensibilité de gauche, selon une étude de l’institut zurichois ZHAW, mais l’argument est un peu court. Avoir une opinion politique n’empêche pas un journaliste professionnel de faire correctement son travail, qui consiste, schématiquement, à exposer des faits objectifs et à donner la parole à l’ensemble des parties sur un sujet donné.

La presse et les médias radio-TV sont essentiels pour faire évoluer le débat et, idéalement, l’élever. La SSR, présente dans toutes les régions linguistiques de la Suisse, donne la parole à tous, ce qui est un gage du fédéralisme. Sans elle, les opinions de la Suisse romande et du Tessin auront bien du mal à se faire entendre dans les rédactions des radios et télévisions privées zurichoises. On peut débattre de la pertinence de certains programmes proposés et des coûts de production, ce qui sera fait dans le cadre de la discussion sur les conditions de la prolongation du mandat de service public de la SSR qui seront revues par le Conseil fédéral en 2018, en même temps que la nouvelle loi sur les médias électroniques, mais pas mettre en péril l’entreprise même. Les médias sociaux peuvent sans doute être soupçonnés de menacer la démocratie, tout comme le fait No Billag avec son texte jusqu’au-boutiste. On ne dira jamais assez combien le travail journalistique est indispensable; il ne sera pas remplacé de sitôt par les contenus d’autres sources que l’on trouve sur les réseaux sociaux.