Les salaires en Suisse: qui dit mieux?

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Marie-Hélène Miauton
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L’Office fédéral de la statistique (OFS) réalise tous les deux ans une enquête sur la structure des salaires en Suisse. En 2016, elle a porté sur plus de trente-sept mille entreprises, ce qui représente environ 1,7 million de salariés. Les entreprises et les administrations publiques, obligées de répondre au questionnaire, peuvent se plaindre de la lourdeur des formulaires à remplir, mais, en échange, les informations qui en ressortent sont d’une incroyable richesse et d’une grande utilité économique et politique. Les l’invitée de la rédaction résultats obtenus sont ventilés selon les régions, les secteurs et les branches économiques, la taille des entreprises, les caractéristiques individuelles des salariés ainsi que la nature des postes de travail. Les premiers chiffres concernant l’année 2016 viennent de sortir et ils méritent amplement d’être commentés.

Celui qui frappe en premier lieu, c’est le haut niveau du salaire médian (cette valeur qui partage les salariés en deux groupes égaux, ceux qui touchent moins et ceux qui touchent plus, ne doit pas être confondue avec un salaire moyen qui, lui, correspondrait à la totalité des salaires versés divisés par le nombre de salariés). En 2016, le salaire brut médian s’est élevé à 6500 francs suisses par mois pour un emploi à plein temps, l’étude tenant évidemment compte de la durée de travail et incluant le 13e mois éventuel ainsi que les primes ou boni. En deux ans, il a augmenté de 5%, puisqu’il était de 6189 francs en 2014. Dans le même temps, l’inflation a été négative, ce qui ajoute à cette évolution. Ce n’est pas toujours ce que l’on entend!

Deuxième constat réjouissant, l’OFS communique que les 10% des salariés les moins bien rémunérés ont gagné moins de 4313 francs par mois alors que les 10% les mieux payés ont gagné plus de 11 406 francs. Cette différence entre les deux extrêmes de la courbe correspond à une disparité équivalente de niveaux de formation et de responsabilité. Il n’en reste pas moins qu’entre 2008 et 2016, les salaires les plus élevés ont augmenté de 6,3% et les salaires les plus bas de 9,9%, permettant de corriger favorablement cet écart. Globalement, les écarts salariaux sont restés stables durant cette période de huit ans, alors qu’on ne cesse d’entendre que les inégalités se creusent. La problématique des écarts entre hommes et femmes est également traitée dans l’étude, même si elle n’est pas l’outil idéal pour cerner cette matière, ses données étant agrégées, alors que c’est au sein de chaque entreprise en particulier qu’elles prennent sens. Pourtant, elle montre que les écarts diminuent, puisqu’ils sont passés de 12,5% en 2014 à 12% en 2016; faut-il le rappeler, une bonne partie s’explique par des facteurs objectifs. A noter que, dans l’administration publique, cette différence est approximativement similaire, ce qui prouve que le législateur ne respecte pas mieux les règles qu’il édicte que ne le font ses administrés!

Voilà qui conduit à observer les différences entre le salaire médian du secteur public (7873 francs) et celui du secteur privé (6235 francs). Un écart si considérable ne laisse pas d’étonner, même s’il s’explique par des qualifications généralement plus élevées dans l’administration. Il s’agit alors de comparer ce qui est comparable, c’est-àdire des catégories homogènes, comme, exemple pris au hasard, les hommes cadres inférieurs actifs dans les services administratifs. Dans le privé, la médiane de ce groupe est à 6473 francs et dans l’administration à 9259 francs. Ce n’est pas rien! De là à parler de concurrence déloyale sur le marché du travail, il n’y a qu’un pas.

Ajoutons que les écarts salariaux sont élevés entre branches économiques, mais certains stéréotypes ont la vie dure. On parle ainsi souvent de «la caissière à la Migros ou à la Coop» pour caractériser les salaires les plus bas et les travailleurs les moins bien lotis. Erreur, car il faudrait plutôt parler de la serveuse au bistrot du coin. C’est en effet dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie que les personnes peu payées abondent, représentant plus de la moitié du personnel contre un quart «seulement» dans la distribution.

Enfin, pour conclure sur ces résultats qui confirment la bonne santé de notre économie, mais aussi la bonne conduite de ses dirigeants envers le corps salarial, il faut encore préciser que ces augmentations de salaires et ces rééquilibrages sociaux se manifestent alors que le taux de chômage est au plus bas et que le temps de travail moyen est en baisse en Suisse. Qui dit mieux?