Loi sur les armes: un enjeu majeur pour l'économie

 | Paru dans Entreprise romande  | Auteur : Pierre Cormon
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Si la Suisse refuse d’adapter sa loi sur les armes, elle ne sera plus partie aux accords de Schengen et de Dublin, qui lui assurent des avantages très sensibles sur les plans économique et sécuritaire.

A première vue, la révision de la loi sur les armes paraît ne concerner qu’une toute petite partie de la population – les personnes détenant ou souhaitant acquérir des armes semi-automatiques munies d’un chargeur de grande capacité. L’acquisition de ces armes nécessitera une autorisation spéciale, et la demande devra être motivée par la pratique du tir sportif ou une activité de collectionneur.

L’enjeu réel est cependant plus vaste. Cette révision fait en effet partie du développement de l’acquis de l’accord de Schengen, auquel la Suisse est partie. Cet accord renforce la coopération dans la lutte contre la criminalité et permet de voyager dans tous les pays membres avec le même visa. Si la Suisse rejette la révision, le risque est très élevé qu’elle ne puisse plus être partie à cet accord, ni à celui de Dublin, qui permet de réguler les demandes d’asile. Or, ils lui garantissent des avantages énormes, tant sur les plans économiques que sécuritaires.

Prenez l’hôtellerie. Après le choc du franc fort, elle a connu des années difficiles. La Suisse était boudée par les touristes européens en raison de la force du franc. Elle n’a jamais pu regagner les parts perdues sur ce marché. Elle a néanmoins pu les compenser grâce aux touristes extraeuropéens, notamment chinois, indiens et ressortissants des Etats du Golfe. Or, ceux-ci visitent souvent la Suisse dans le cadre de voyages couvrant plusieurs pays de l’espace Schengen. Les Chinois, par exemple, n’y passent en moyenne que 1,3 nuit. «Combien d’entre eux sont-ils prêts à demander un visa supplémentaire pour une si courte durée?», demande Andreas Züllig, président d’hotelleriesuisse. D’autant plus que cela pourrait être bien plus difficile. Un habitant de Kunming (quatre millions d’habitants) peut obtenir un visa Schengen sur place. Pour un visa suisse, il devra se rendre à Chongqing, à plus de neuf cents kilomètres.

Perte d'attractivité

Sans Schengen, une chercheuse indonésienne travaillant en Suisse aura également plus de peine à se rendre à un congrès à Bruxelles ou à Munich et un scientifique indien travaillant à Lyon à assister à une conférence à l’EPFL. Il sera plus compliqué pour une femme d’affaires sudafricaine de passage à Paris de faire un crochet en Suisse pour y rencontrer des partenaires potentiels. Des contrôles supplémentaires seront introduits dans les aéroports et les files s’allongeront, pour les étrangers comme pour les Suisses. Notre pays deviendra moins intéressant pour les chercheurs, les organisateurs de congrès internationaux, les touristes africains et asiatiques.

Cela aurait des répercussions économiques. Une chute de l’activité économique, ce sont des entreprises qui ferment ou ne croissent pas, des personnes qui perdent leur poste de travail ou qui n’en trouvent pas, des caisses de pension qui ont plus de peine à équilibrer leurs comptes, des collectivités publiques qui ont plus de mal à financer leurs prestations.

Les répercussions sécuritaires d’un «non» seraient également sensibles. L’accès au système d’information Schengen constitue aujourd’hui l’une des principales armes de la Suisse pour lutter contre la criminalité transfrontalière. En 2018, les autorités helvétiques y ont ainsi trouvé une réponse à dix-neuf mille requêtes. Le système leur envoie également chaque jour une cinquantaine de notifi cations à propos de personnes potentiellement dangereuses Si la Suisse se coupe de ce système d’information, les frontières constitueront à nouveau une aubaine pour les criminels et les terroristes et un obstacle pour les autorités. Veut-on faire ce cadeau aux premiers?

Exigences modestes

Pour y gagner quoi? La révision de la loi sur les armes ne prévoit aucune exigence démesurée. Seules les personnes ayant en leur possession des armes semi- automatiques munies d’un chargeur de grande capacité sont concernées. Elles pourront les garder, mais elles devront prouver qu’elles sont membres d’une société de tir ou qu’elles pratiquent régulièrement cette activité. Les collectionneurs, eux, devront prouver qu’ils les conservent en lieu sûr – ce qui est la moindre des choses quand on sait à quel point ces armes peuvent être dangereuses. Les armuriers seront tenus de notifier les transactions et les fabricants et importateurs d’armes de marquer les éléments composant ces dernières. Des mesures qui ne restreignent pas la liberté individuelle et paraissent même judicieuses pour lutter contre le crime et le terrorisme. On comprend donc mal l’opposition que suscite cette révision


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