Métiers du digital

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen

En séance, cette semaine, quelqu’un disait d’un ton alarmiste: «La situation de l’emploi va devenir de plus en plus tendue à Genève à cause de la digitalisation de l’économie». Autour de la table, tout le monde semblait d’accord, l’essor des technologies digitales inspirant souvent de la crainte quant à l’évolution du marché du travail. Qu’en est-il? Faut-il croire les études qui nous prédisent la disparition de nombreux métiers au profit de systèmes automatisés et de robots ou faut-il se réjouir de ces avancées technologiques qui créeront de nouveaux métiers et qui soulageront les travailleurs de tâches répétitives et abrutissantes?

La FER Genève a voulu en avoir le coeur net et a commandé une étude, conjointement avec le Centre patronal, sur Les métiers du digital en Suisse romande, qui vient de sortir. Ce panorama de l’emploi du digital apporte une réponse quant aux perspectives dans ce domaine: oui, les entreprises cherchent à recruter des spécialistes de ces professions. Quatre-vingt-huit pour cent des entreprises ayant déjà intégré des activités digitales les développeront davantage dans les trois ans à venir. Septante-trois pour cent des grandes entreprises prévoient d’ouvrir jusqu’à dix postes, et 14% d’entre elles jusqu’à cinquante! Autre fait marquant: la moitié des entreprises interrogées évoque des difficultés de recrutement, notamment pour des fonctions comme la stratégie digitale et l’analyse des besoins client. Le client est en effet placé au centre de l’effort de digitalisation des entreprises. Celles-ci cherchent des candidats ayant la capacité de comprendre le client pour lui proposer des solutions qui lui conviennent au plus près. En plus de disposer de compétences technologiques, les candidats doivent donc aussi disposer de compétences sociales élevées.

Les métiers du digital ne forment pas une catégorie uniforme de professions. Ils peuvent être classés en trois catégories: technologies de l’information, communication et gestion du digital. Les employeurs cherchent souvent des talents multidisciplinaires. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles la majorité de ces collaborateurs dispose d’un niveau de formation tertiaire; 23% d’entre eux ont un CFC ou une maturité. La digitalisation de l’économie ne va donc pas forcément réduire le nombre de postes. En revanche, elle va rendre la formation professionnelle et continue de plus en plus indispensable. Dans un pays comme la Suisse, qui ne dispose pas de ressources naturelles et qui a un coût du travail parmi les plus élevés au monde, le niveau de qualification est une valeur ajoutée qu’il faut cultiver sans relâche. Etre à la pointe dans des métiers émergents représente une chance qu’il faut saisir maintenant.