Apprentissage: motiver les jeunes par la pratique

Lorsqu’ils viennent en Suisse, les responsables politiques étrangers ont souvent droit, entre deux visites de fabriques de montres ou de chocolats, à une démonstration de notre système de formation duale. Il est en effet tout autant réputé, au point de devenir un modèle inspirant au-delà des frontières. Il est néanmoins paradoxal de constater que derrière cette vitrine, la voie de l’apprentissage reste encore trop souvent encombrée d’idées reçues, de préjugés et de blocages, sous prétexte de manque de moyens. Tel est encore plus le cas en Suisse romande et à Genève, où une très faible proportion de jeunes opte pour cette filière en toute liberté, comme souligné lors de la Journée de l’apprentissage, organisée par l’IFFP (Institut fédéral des hautes études en formation professionnelle).

Certains la voient comme un second choix, se méfient des perspectives de salaire et d’évolution, qui passent pour moins alléchantes que celles offertes par la voie académique. De ce point de vue, les Suisses alémaniques sont éduqués dans une culture différente. Ce sont donc ces derniers qui tirent l’ensemble vers le haut. Certes, il faut nuancer cette appréciation, car tout dépend des métiers, certains ayant plus ou moins la cote, mais aussi des cantons romands concernés.

A Genève, même si des efforts ont été faits, tant par le secteur privé que par l’Etat, on s’aperçoit que les chiffres sont têtus. Le canton conserve le bonnet d’âne en ce qui concerne le nombre de jeunes qui entrent directement dans la voie professionnelle et le plus faible taux d’entreprises formatrices. La leçon à en tirer est simple: il convient de renforcer - encore et toujours - les rencontres à l’école entre les publics concernés ou l’organisation de stages en entreprises. En effet, seul un rapprochement, voire une immersion précoce peut permettre, d’une part, d’améliorer l’adéquation entre les attentes des futurs employeurs et la réponse des futurs apprentis et, d’autre part, de montrer à ces derniers en quoi consiste, concrètement, la vie au travail.

Certes, à 15 ans, il est encore tôt pour afficher une vocation. Il n’empêche qu’alors que la nouvelle génération vit beaucoup dans le virtuel, l’importance de voir, de toucher, de poser des questions et de comprendre devient cruciale, car complémentaire. Ainsi, le partage d’expériences, à la fois sur les réseaux sociaux - par exemple, à travers de petits films didactiques - et dans la «vraie vie» avec d’autres jeunes déjà engagés dans la vie active, fait beaucoup pour la motivation. Avoir des modèles à l’enthousiasme contagieux permet de se projeter. Ce sera sans doute une des clés pour voir enfin une amélioration.