Non à une initiative fallacieuse

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen

Il était une fois un canton dans lequel on ne plaisantait pas avec l’expérimentation animale. Une commission pour encadrer les expériences sur les animaux, comptant en son sein une majorité de défenseurs de la cause animale, avait été mise en place. Une situation unique dans le pays. En trente ans, tous ses préavis avaient été suivis par l’autorité compétente, sauf pour rendre une meilleure décision pour les animaux.

Un des membres de cette commission, issu de la Ligue suisse contre la vivisection (LSCV), démissionna. Le président de la LSCV, également membre de cette commission, proposa une candidature pour le remplacement. Hélas, cette personne vivant et travaillant en France, l’autorité a jugé qu’il était préférable de donner le poste à quelqu’un connaissant mieux le système suisse. Terriblement déçu de ce refus, le président ne s'est plus présenté aux séances de la commission et a préavisé négativement toutes les demandes qui lui étaient soumises, sans en donner les motifs. Il a fini par démissionner de la commission, après avoir lancé l’initiative Pour un meilleur contrôle de l’expérimentation animale.

Ce faisant, il ne visait qu’une chose, sans rapport avec les animaux: changer le fonctionnement de la commission en donnant un droit de recours à tout candidat qui n’aurait pas obtenu le poste. Ce droit serait aussi octroyé à l'organisme de protection des animaux ayant présenté cette candidature. Une fois nommé, chaque membre de la commission pourrait faire appel à un expert extérieur et avoir un droit de recours individuel. Du jamais vu dans un pays où la représentativité la plus large des intérêts, la collégialité et la confidentialité des échanges sont les éléments essentiels du travail en commission!

Pour couronner leur volonté hégémonique, les initiants eurent l’idée d’exiger que les représentants des associations de protection des animaux soient issus d’organisations actives dans le domaine de l’expérimentation animale. A défaut, les autres associations de protection des animaux seraient sollicitées. Le but de la manoeuvre était limpide: grâce à cette disposition, la LSCV aurait la primauté sur toutes les autres associations actives pour la protection des animaux, puisque c’est la seule dont les statuts correspondent à cette définition. La fin de ce mauvais conte se jouera le 24 novembre dans les urnes. Le peuple aura le dernier mot. Espérons qu’il ne se laissera pas leurrer par l’intitulé aguicheur de l’initiative 164. Elle n'améliorerait pas le contrôle de l'expérimentation animale, aucun nouvel article ne faisant état du bien-être animal, mais consacrerait la domination d'un groupe sur un autre au mépris des valeurs profondes de notre pays.