Tout comme une plante, un réseau se cultive

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Véronique Kämpfen
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Nous sommes 50% à être timides. C’est ce que suggèrent des études sociologiques et c’est probablement vrai. Demandez autour de vous qui est timide, il se peut même que le résultat soit un peu supérieur. C’est peut-être l’un des facteurs de succès des réseaux sociaux virtuels. Pour nouer le contact, plus besoin d’aller à la rencontre d’autrui. On peut le faire tranquillement depuis chez soi, sans être empêtré dans des codes sociaux. Tous les spécialistes du réseautage le diront: rien ne vaut le contact dans la «vraie» vie. C’est vrai au niveau personnel, bien entendu, mais cela l’est également au niveau professionnel.

Réseautage: Quels apports? Quelles difficultés?

La raison est pratiquement d’ordre biologique. Nous, êtres humains, ne communiquons pas seulement par l’écrit ou par l’image. Nous communiquons aussi via des odeurs, des gestes, des regards, un toucher, toutes choses que l’on ne peut pas échanger dans le monde virtuel, malgré toutes les aides audio et vidéo mises à notre disposition. Ce n’est qu’en faisant parler l’ensemble de nos sens que nous nouons réellement le contact et que nous créons la confiance. C’est l’un des points qui est ressorti lors d’un atelier que j’ai animé durant le Meyrin économique Forum 2018 et qui portait sur la question: «Comment les entreprises peuvent-elles mieux utiliser les réseaux à leur profit? ». Les participants à l’atelier ont d’abord dû réfléchir individuellement, puis en groupe, sur ce que leur apporte le réseautage et sur les freins qu’ils rencontrent pour le mettre en pratique. Les principaux points positifs qu’ils ont mentionnés sont la rencontre de nouvelles personnes, la possibilité de se faire connaître et de faire partager sa vision, de créer de nouvelles affaires, des emplois, de trouver des synergies avec d’autres personnes ou entreprises, de se laisser inspirer, de trouver de nouvelles idées et enfin de s’ouvrir à un enrichissement personnel. L’un des participants a très joliment résumé ce que lui apporte le réseautage: «créer des relations humaines en ces temps de connectivité virtuelle».

Les difficultés à réseauter identifiées par les participants ont été en premier lieu la timidité, la difficulté à aller à la rencontre de personnes inconnues. Viennent ensuite le manque de pertinence de certains contacts, la difficulté d’accès aux décideurs, l’absence de focus, la superficialité, le suivi du contact, voire le risque d’espionnage industriel. L’aspect chronophage des activités de réseautage a également été souligné.

Marche à suivre

Toutes ces remarques, positives ou négatives, sont pertinentes. Une des difficultés majeures est de faire la différence entre un réseautage mondain, sans autre objectif que de passer un bon moment, et un réseau ciblé, sous-tendu par un but précis. Pour réseauter de manière utile, il faut préparer cette activité comme toute autre action de communication. Il faut tout d’abord fixer un objectif. Une fois que l’on sait ce qu’on veut atteindre en nouant des liens et en créant un nouveau réseau, il faut effectuer des choix. Des manifestations, des conférences, des débats, des dîners, des foires, des expositions, etc., ont lieu tous les jours sur des sujets extrêmement variés. Pour ne pas perdre son temps, il faut clairement identifier où on veut aller pour atteindre le but fixé. Ensuite, il faut repérer en amont qui sont les personnes avec qui l’on souhaite prendre contact sur place. Dans ce contexte, les réseaux sociaux virtuels sont d’une grande aide. Ils permettent de prendre contact en ligne de manière informelle quelques temps avant l’événement avec des personnes d’intérêt. Le jour J, soyez prêt à délivrer un message clair et concis aux personnes ciblées. Se présenter et exposer une idée en quelques secondes s’entraîne. Laissez votre carte et indiquez que vous allez reprendre contact ultérieurement. Après l’événement, faites un suivi en ligne, via les réseaux sociaux et/ ou par e-mail pour déboucher, idéalement, sur une rencontre dans un cadre plus privatif.

Réseaux complémentaires

Les participants à l’atelier ont ensuite réfléchi à ce qu’apporte le réseautage à une entreprise. Les réponses ont été très positives: vendre ses produits et prestations, échanger sur sa vision, trouver des compétences pour les clients, améliorer la visibilité de l’entreprise, augmenter la connaissance du marché, recevoir des retours d’expériences sur son entreprise, confronter ses idées avec celles des autres, trouver de nouvelles informations. En résumé, le réseau aide au développement de l’entreprise et à sa pérennité.

Pour une entreprise, les réseaux permettent en effet de s’installer ou de se développer sur un marché. Une entreprise suisse qui souhaite par exemple bilocaliser ses activités en France aura tout intérêt à approcher la Chambre France-Suisse du commerce, qui lui expliquera quelles sont les démarches à effectuer. Elle pourra également par ce biais rencontrer d’autres entreprises qui ont vécu cette situation et qui lui donneront un retour d’expérience ou des experts dans des domaines comme le droit du travail et les obligations sociales français. Dans ce cas, constituer un tel réseau permet un gain de temps et d’efficacité indéniable et donne la possibilité de nouer des contacts avec d’éventuelles futures relations d’affaires.

L’échange et la mutualisation des connaissances sont ainsi un apport fort des réseaux. Pour une entreprise, faire partie d’un réseau comme une chambre de commerce, une fédération d’entreprises ou une association professionnelle permet aussi de pouvoir agir de manière commune, avec des actions d’un plus grand poids. Défendre les intérêts d’une branche, d’une région, est plus aisé à faire de manière concertée que seul. Faire partie d’un réseau composé de chefs d’entreprise est aussi un moyen de se retrouver entre pairs et de partager ses préoccupations.

De manière plus pratique, de nombreux réseaux d’entreprises offrent l’accès à des informations, que ce soit aux niveaux technologique, législatif ou politique, ce qui facilite grandement la vie des entreprises. Enfin, être connu et reconnu dans un réseau est également bon pour l’image et la réputation.

Les réseaux virtuels et physiques sont complémentaires. Quels que soient les vecteurs choisis, il faut s’y engager avec sincérité et authenticité. Il s’agit d’un travail de longue haleine. Il est donc essentiel de bien choisir dans quels réseaux on souhaite s’engager, pour le faire bien, au lieu de papillonner de l’un à l’autre. La patience et l’écoute sont les maîtres mots de la réussite. Tout comme une plante, un réseau se cultive. Les liens se tissent peu à peu, la confiance s’installe et le réseau prend toute sa valeur.

Cet article est déjà paru dans la revue Carrefour Médias 2018.


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