Une PME, ça n’existe pas

 | Paru dans Entreprise Romande  | Auteur : Pierre Cormon

«Une PME lausannoise décroche un mandat», titre un quotidien. «X appelé à la rescousse de la PME Y», nous apprend un autre. Très bien. Sauf que si «les PME», ça existe, «une PME», ça n’existe pas et ça n’a jamais existé. Le terme PME est un mot fourre-tout qui amalgame deux types d’entreprises très différentes: les petites et les moyennes. Ces deux types partagent certes quelques caractéristiques. Elles sont à taille humaine – tout le monde s’y connaît, ou presque. Elles appartiennent généralement à un petit groupe de propriétaires, qui se connaissent personnellement – à l’inverse de la plupart des grandes sociétés, cotées en bourse, à l’actionnariat dispersé. Elles n’ont individuellement guère de poids politique – leurs associations professionnelles les représentent bien plus efficacement dans les coulisses du pouvoir. Elles sont plus réactives que les grandes entreprises, grâce à des circuits de décision beaucoup plus courts.

A d’autres égards, les moyennes entreprises se rapprochent davantage des grandes que des petites. Elles disposent généralement d’une organisation structurée, de départements distincts, d’outils de gestion complexes, de cadres intermédiaires, etc. Selon les cas, il serait donc tout aussi judicieux d’utiliser l’acronyme MGE (moyennes et grandes entreprises) que PME. Beaucoup de grandes entreprises s’organisent d’ailleurs comme des fédérations de moyennes entreprises, pour échapper aux lourdeurs du gigantisme.

Bref, une petite et une moyenne entreprise, ce n’est pas du tout la même chose. On est l’une ou l’autre, mais pas les deux à la fois. A employer le terme «PME» à tort et à travers, on brouille les perceptions en occultant les différences profondes qui existent entre les unes et les autres.

Quand un politicien affirme qu’il faut soutenir les PME, de quoi parle-t-il? De la moyenne entreprise industrielle de pointe tournée vers l’exportation et insérée dans l’économie mondiale? Ou du salon dans lequel je me fais couper les cheveux, et qui compte un patron et une employée à temps partiel? Soutenir l’une ou l’autre ne demande pas du tout les mêmes mesures.

Nous ne pouvons donc que gagner à nous clarifier l’esprit en évitant d’employer à tout bout de champ un terme aussi vague et imprécis. Une entreprise peut être micro, petite, moyenne ou grande. Mais pas deux choses à la fois. Une PME, cela n’existe pas!